Le Blogue du jardinier philosophe vous propose des textes de réflexions sur différents sujets à saveur philosophique ainsi que les toutes dernières nouvelles concernant la ferme Sageterre.

La vocation écologique de Sageterre

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La vocation écologique de Sageterre

 

 

 

Sageterre se définit essentiellement par l’adjectif « ÉCOLOGIQUE ».

 

Dans cet annexe, notre but consiste à partager notre définition de l’écologie. Nous ne cherchons pas une définition neutre, indiscutable, valable pour tout le monde, nous cherchons une définition qui puisse clarifier la vocation (la mission) que nous voulons donner à Sageterre. Notre définition s’inspire de la Charte de la terrede l'UNESCO.

 

D’autre termes sont aussi définis en vue de clarifier le mieux possible notre vision de l’écologie.

 

Suivent donc les définitions pour les mots suivant :

 

Écologie
Écosystème
Entropie
Écosphère
Action écologique
Agriculture écologique
Écologie sociale
Principe de précaution
Épistémologie
Mécanisme
Idéologie
Philosophie
Pratique
Économie
Politique
Art
Spiritualité
Scientisme matérialiste

 

 

 

Écologie

 

En tant que discipline de la biologie, l’écologie est la science qui étudie :

 

  • lesécosystèmes où vivent, se nourrissent, se reproduisent et meurent les êtres vivants;

  • les rapports d’interdépendance de ces êtres entre eux dans un écosystème qui puise ses ressources dans un milieu (air, eau, roc, terre…) et qui reçoit un flux régulier d’énergie solaire (conditions thermiques et climatiques).

 

Mais, pour nous, Sageterre, est ÉCOLOGIQUE une recherche d’actions visant l’amélioration concrète des conditions de vie de toute la communauté du vivant.

 

  • Recherche d’action, puisque les connaissances en écologie sont en évolution constante et que c’est essentiellement une science qui vise à rendre l’action humaine compatible avec le développement sain de l’environnement. Cet environnement se compose ou devrait se composer d’écosystèmes en lien les uns avec les autres dans l’écosphère.

  • Conditions de vie : la vie n’est possible que dans le respect des conditions nécessaires à sa durée, mais aussi à son évolution, c’est-à-dire sa diversification et sa complexification.

  • Communauté du vivant, c’est-à-dire l’association interdépendante d’êtres vivants qui coopèrent, concurrencent, travaillent à leur renouvellement (mort, décomposition, recomposition), participent à un équilibre favorable à la durée et à l’évolution. La communauté du vivant se vit dans des écosystèmes et sur une écosphère.

 

Écosystème

 

Un écosystème est un milieu qui soutient une communauté d’êtres vivants qui sont interdépendants et tendent à des états d’équilibre et à des états évolutifs de diversification et de complexification. Un écosystème est en santé lorsqu’il est capable d’autorégulation, d’autoréparation, d’adaptabilité. Il y a un seuil critique sous lequell’écosystème s’effondre et perd ses capacités d’autorégulation. L’entropie l’emporte alors à des niveaux de plus en plus faibles en complexité.

 

On pourrait dire qu’il y a une sorte de paradoxe entre la durée et la complexité : plus un système est complexe (beaucoup d’éléments qui agissent ensemble comme un tout cohérent qui apparaît simple parce que ses éléments sont fortement interreliés), plus ce système semble improbable dans l’environnement entropique de la nature. On s’attendrait d’un système très complexe qu’il se désorganise en peu de temps, emporté par l’entropie. Pour rester organisé, pour durer, il doit renforcer son unité interne par des interrelations plus serrées, développer des mécanismes d’autoréparation, de reproduction et d’adaptation. Parmi les mécanismes d’adaptation, il y a la diversification pour profiter de niches écologiques spécifiques, et la complexification pour être moins dépendant d’une seule ressource (la complexification vise l’augmentation de l’adaptabilité elle-même). La nécessité d’adaptation pousse donc la vie à plus de complexité, ce qui exige un niveau d’organisation plus serrée. Bref, la règle prioritaire semble la durée (tenir le temps) quitte à changer de forme. La durée demande l’adaptation et l’adaptation apparaît être un des principaux moteurs de l’évolution (diversification et complexification).

 

Entropie

 

L’entropie est une mesure de désorganisation. Une des lois (théorie thermodynamique) propres à la physique et à la chimie se définit par la tendance à la désorganisation de tout système qui n’est pas nourri régulièrement en chaleur. Si la terre ne recevait pas un flux constant de lumière et de chaleur, tous les niveaux d’organisation retourneraient progressivement ou rapidement (selon la gravité de l’instabilité climatique) à des niveaux inférieurs d’organisation. La vie évoluée (telle qu’on la connaît sur terre) est donc extrêmement dépendante de la stabilité de la température qui doit rester entre -50 et +50 degrés centigrades pour se maintenir à son niveau de complexité actuelle, ce qui n’est possible que si certaines conditions atmosphériques et océaniques sont respectées.

 

L’écosphère

 

L’écosphère est l’ensemble planétaire des écosystèmes avec ses conditions physiques, chimiques, climatiques nécessaires à la vie complexe et à son processus évolutif. Si l’écosphère perd certaines conditions de base, l’entropie peut facilement inverser le processus évolutif, et une extinction massive des espèces se produit.

 

Action écologique

 

Dans ce contexte, qu’est-ce qu’une action écologique?

 

C’est une action qui cherche à maintenir ou à restaurer un écosystème, à favoriser son évolution (augmenter son adaptabilité par diversification et complexification) et à éviter qu’il ne perde ses capacités d’autorégulation, d’autoréparation et d’évolution.

 

L’être humain individuellement et collectivement fait partie de l’écosphère Terre. Il doit s’adapter aux conditions de la vie, ce qui ne signifie pas un retour en arrière, mais une avancée évolutive.

 

Agriculture écologique

 

L’agriculture écologique vise à produire des aliments pour l’être humain et pour les animaux en maintenant et en restaurant les écosystèmes du milieu naturel, ou en développant un écosystème propre qui conserve l’équilibre de l’environnement.

 

Écologie sociale

 

Nous parlonsd’écologie sociale lorsque des actions favorisent une organisation des êtres humains fondée sur :

 

  • la collaboration inclusive de tous, l’égalité en dignité, la justice sociale, la participation aux responsabilités et aux décisions collectives, le respect des processus bio-psycho-spirituels tels que l’enfance, l’adolescence, l’accouchement, la mort, etc., 

  • l’équilibre et l’évolutiondes écosystèmes sur lesquels repose la vie humaine.

 

L’être humain doit être pris dans son acceptation globale comprenant ses capacités physiques, politiques, pratiques, économiques, artistiques, scientifiques, philosophiques et spirituelles. En effet, si une dimension de l’être humain est déconsidérée, l’être humain perd rapidement le goût de vivre, il peut même chercher à se fuir lui-même dans des actes destructeurs pour l’environnement. Nous pensons qu’il faut lutter contre une vision de l’écologie qui serait simplement scientiste et matérialiste, car alors l’être humain risque de devenir collectivement suicidaire, et de vouloir saper son environnement. D’un autre côté, il faut éviter les idéologies, qu’elles soient religieuses ou laïques, puisque le propre d’une idéologie est de réduire radicalement les capacités d’adaptation de l’être humain et donc, de le rendre inapte à l’écologie.

 

Principe de précaution

 

Dans le cadre de l’écologie, on parle de science pour signifier l’activité de recherche des connaissances permettant de mieux comprendre le fonctionnement des êtres vivants et des écosystèmes. Le principe de précaution est de mise, parce que l’épistémologie scientifique est encore fortement tributaire d’une vision mécaniste du réel. Ses méthodes sont donc foncièrement réductrices. Ce n’est pas parce que nous ne pouvons pas prouver une conséquence négative à une initiative technique qu’il n’y a pas d’effets globaux possiblement néfastes sur le système vivant puisque justement l’écologie n’est pas un ensemble de mécanismes, mais une organisation d’organismes. Dans le vivant, une intervention locale, même limitée, engendre presque toujours des effets d’ensemble qui échappent souvent à l’observation à court terme. La science nous aide principalement à repérer des erreurs dans nos pratiques et à nous faire évoluer dans nos connaissances.

 

Épistémologie

 

L’épistémologie est l’étude critique des sciences, destinée à déterminer leur valeur et leur portée. La science n’est pas définie une fois pour toutes. Son épistémologie est évolutive. Elle traverse parfois des crises. L’épistémologie classique, par exemple, est une adaptation à une culture qui venait de découvrir ce qu’est un mécanisme. C’est une épistémologie adaptée à l’ère industrielle. Elle est très efficace pour étudier des mécanismes (systèmes déterminés qui se répètent dans le temps et qui sont prévisibles), mais elle n’est pas adaptée à l’étude de systèmes vivants qui modifient leur dynamique interne et relationnelle de façon imprévisible en vue d’adaptations souvent surprenantes.

 

Mécanisme

 

Un mécanisme est une chaîne ou un réseau de chaînes de causes à effets qui se répète et ne forme pas une totalité capable de s’adapter à l’ensemble de l’environnement. Un mécanisme peut être simplifié dans un programme fermé, dit autrement, il est aveugle à des changements pour lesquels il n’a pas été programmé, il est inapte à l’imprévisible.

 

Idéologie

 

Une idéologie est un système de pensée qui se maintient dans le temps en se rendant aveugle à la réalité. Le propre d’une idéologie consiste à se tenir invulnérable à la pensée critique en utilisant des propositions invérifiables ni par la méthode scientifique ni par l’expérience humaine artistique, philosophique ou pratique.  L’idéologie fuit le réel et se forme un monde imaginaire en tentant de lui donner une apparence de nécessité. L’idéologie s’accompagne du principe d’exclusion. Il y a NOUS et LES AUTRES.

 

Philosophie

 

La philosophie est la recherche d’une pensée cohérente et congruente (cohérence entre la pensée et l’action) qui vise à comprendre le sens de l’existence de l’être humain et du milieu dans lequel il vit. La philosophie n’est pas une science, elle n’utilise pas une épistémologie scientifique (quoiqu’elle peut s’en servir accessoirement), elle recherche une intelligibilité qui s’adresse au sens de l’existence. Elle n’avance donc pas des « négations prouvées » comme le fait la science qui aboutit à des preuves que telle ou telle proposition est fausse, et que telle autre peut être considérée vraie jusqu’à preuve du contraire. La philosophie propose des routes de pensée qui sont probables et éclairantes. La philosophie est aussi critique, elle dénonce les idéologies, entre autres le scientisme (idéologie qui affirme que seule la science peut prétendre dire vrai).

 

Pratique

 

La science et la philosophie ne suffisent pas. L’être humain est obligé de développer des pratiques. Une pratique est un ensemble de connaissances venant de l’expérience (mais non encore prouvées fausses) visant à résoudre des problèmes concrets sans pouvoir attendre que la science découvre des liens déterminants. La médecine est encore fortement une pratique, le travail social est essentiellement une pratique, l’agriculture aussi.  Les pratiques sont légitimes dans la mesure où elles se remettent en question par l’expérience globale concrète (leur propre est de ne pas pouvoir isoler des variables). La science aide fortement à l’évolution des pratiques, c’est pourquoi les pratiques ont tant besoin de se nourrir de la science, même si elles ne sont pas des sciences elles-mêmes, mais des démarches empiriques.

 

***

 

Étant donné notre vision de l’écologie, nous définissons l’économie, la politique, l’art et la spiritualité, le scientisme selon des acceptations philosophiques particulières. L’écologie ne peut pas exclure l’être humain de sa démarche puisqu’il est un être vivant, et elle ne peut pas non plus exclure une dimension de l’être humain, puisqu’il est tout entier dans la nature.

 

Économie

 

L’économie est une pratique qui vise à bien administrer (« éco » signifie : servir l’équilibre) les ressources, le travail, les échanges, de façon à former un système durable, donc capable de s’ajuster, de s’adapter aux conséquences de l’action humaine de production et de consommation, et de favoriser les écosystèmes puisque la santé économique ne peut se perpétuer sans la santé des écosystèmes. L’économie est donc ce qui pousse un système économique qui a toujours tendance à se mécaniser, à rester accroché à l’environnement humain et biologique.  La chrématistique est l’ensemble des processus qui visent à l’enrichissement de certains au détriment de d’autres. Cette distinction oubliée depuis Aristote apparaît très importante pour rétablir l’économie dans sa fonction de justice et dans sa mission écologique.

 

Politique

 

La politique (le politique dirait le philosophe) est la pratique de la canalisation et de l’orientation de la pensée collective au service du bien commun (comprenant le développement de l’être humain dans toutes ses dimensions et de son environnement biophysique).  

 

Arts

 

Les arts sont aussi une voie pour avancer vers un « vivre en vérité ». Il s’agit d’extérioriser des états intérieurs dans une démarche authentique (et non de simples séductions par esthétisme ou par refus d’esthétisme, par complaisance aux modes de l’époque ou aux préjugés d’une culture). Cette expression-création accompagne le cheminement global de l’être humain vers plus de lucidité ou plus d’épanouissement (ou les deux). Les arts visent la production d’œuvres qui transcendent les intérêts immédiats et servent à inspirer les êtres humains sur une longue durée. 

 

Spiritualité

 

La spiritualité fait appel à la conscience dans sa capacité à percevoir la différence entre la petitesse de nos connaissances et la grandeur de la réalité. Dans la vie spirituelle, l’inconnu n’est ni réduit au connu, ni réduit au néant, ni réduit à l’inconnaissable, il fait partie intégrante de l’expérience de l’être humain.

 

Scientisme

 

On doit ici définir le scientisme, car l’écologie peut facilement entrer dans son idéologie. Le scientisme est une sorte de trahison de la science comme l’islamisme est une sorte de trahison de l’Islam.

 

L’origine de la science classique date de la fin du Moyen Âge lorsqu’un moine du nom de Guillaume d’Ockham a énoncé un des piliers de la méthode scientifique que l’on appelle encore aujourd’hui le « rasoir d’Ockham ». Il peut s’énoncer comme suit : on doit toujours se contenter des hypothèses les plus immédiates, vérifiables par une expérience contrôlable que l’on peut reproduire. C’est un des fondements de la science que le scientisme-matérialiste transgresse.

 

Ce qui est scientifique consiste à dire, par exemple: les changements de pression atmosphérique et de courants océaniques dus aux différences de température qui, elles-mêmes, sont conséquentes au fait que la terre tourne autour du soleil avec une inclinaison stable, suffisent à rendre compte du climat, jusqu’à preuve contraire, c'est-à-dire jusqu’à ce qu’on doive introduire une autre variable. Une proposition scientifique est toujours minimale et doit être complétée par  « jusqu’à preuve du contraire », c'est-à-dire jusqu’à ce qu’on doive introduire d’autres variables. Jamais la science ne peut affirmer : « Rien d’autre n’est nécessaire pour expliquer le climat. » Les causes étudiées sont suffisantes pour un niveau de précision et de connaissance défini, mais la réalité dépasse constamment ces connaissances minimales, toujours quelque chose nous échappe, et c’est même cela qui permet à la science d’avancer sans arrêt.

 

Le rasoir d’Ockham poursuit un objectif méthodologique. Mais en réalité, aucun phénomène réel n’est isolable du reste de la réalité. La science fait comme si les autres facteurs étaient négligeables jusqu’à temps qu’elle doive introduire d’autres variables, par exemple : l’activité industrielle, qui elle-même dépend de l’économie, de la culture, de la psychosociologie, etc. On ne peut donc pas affirmer que ce qui est hors de la science n’existe pas, n’est que néant ou indétermination. Au contraire, à chaque étape de son évolution, le scientifique va chercher dans cette sphère de l’inconnaissance des éléments nouveaux. La science étudie quelques poux pour se faire une idée de l’éléphant. Pour ce qui est de l’éléphant, on peut s’en approcher avec d’autres moyens que ceux de la science, à condition de respecter les zones de compétence de chacune des approches : philosophie, poésie, expérience spirituelle.

 

Le scientisme est à la science ce que le fanatisme est à la religion, il affirme que ce que nous connaissons par la science forme la seule vérité, le reste serait illusion.

 

Scientisme matérialiste

 

Le scientisme finit par affirmer que la « matière » explique tout et qu’elle s’explique par elle-même. Mais si on demande à la science de nous dire ce qu’elle entend par « matière », elle nous répond que, pour le moment, nous trouvons des relations, des fonctions, des interactions, des ondes, de l’énergie informée et informante concentrée dans de très petites quantités (quanta) interdépendantes entre elles et toujours influencées par des champs d’énergie (le champ de Higg, le champ de gravité, le champ électromagnétique…) Rien dans cette définition ne répond au principe d’exclusion qui définissait jusqu’à l’époque classique la matière. Au contraire, cette énergie informée et informante est délocalisée dans des champs d’influences et, dans certaines conditions, elle se complexifie par bonds imprévisibles. Bref, la « matière » que nous découvrons n’a plus rien à voir avec notre idée de matière.

 

Appliqué à l’écologie, le scientisme matérialiste peut laisser croire qu’il suffirait à l’homme d’abandonner ses aspirations « spirituelles » qui ont mené au désastre écologique, et qu’il se résigne à se considérer comme un être matériel dans un monde matériel, pour retrouver son harmonie naturelle. Les cultures qui ont le mieux respecté les écosystèmes n’étaient pourtant ni scientiste, ni matérialiste, loin s’en faut.

 

 

 

La conscience

On parle de conscience si un être arrive à créer, c’est-à-dire à ajouter de la complexité, et qu’à partir de cette création, il réalise qu’il peut remettre en question son travail pour faire de sa production quelque chose qui a du sens et de la valeur.

2015

Voici quelques nouvelles de Sageterre, et aussi, en attaché, l’invitation au séminaire de cet été.

La ferme Sageterre est à cheval sur la route 132 entre Bic et Rimouski.

 

Sageterre est un collectif de projets où on retrouve:

Cinq logements et des familles associées dont certaines vivent dans des maisons ou d’autres logements dans les environs;

Un grand jardin de 3000 mètres carrés qui voudrait grandir jusqu’à 5000 mètres carrés.

Un grand verger avec kiwis arctiques, pommiers, poiriers, pruniers.

Un verger de petits fruits en pleine construction.

Beaucoup de pâturages, de champs de foin et de grains qui sont disponibles pour d’autres projets agricoles plus productifs.

 

Cette année les grands jardins produiront principalement : Asperges, oignons, basilique, carottes, panais, tomates, gourganes, rutabaga, poids, fèves, courges, patates, betteraves, poireaux. (Pour acheter nos légumes, il suffit de téléphoner à Marie-Hélène 736-5859 et de venir chercher les légumes à la ferme).

Sageterre est donc une communauté de travail. Chaque projet est totalement responsable de son organisation. Et chaque projet doit respecter le plus possible l’environnement, pas d’intrants chimiques, pas de pesticide, des projets ouverts à la communauté.

Parlons du travail, de l’énergie à fournir en prenant les exemples du grand jardin et de la production de foin.

Les grands jardins

La première étape du jardinage consiste à se libérer du chiendent, car la terre que nous avons achetée a l’avantage d’avoir été abandonnée à elle-même plusieurs années, donc peu de contamination, mais elle a aussi l’inconvénient d’être un océan de chiendent. Le chiendent n’est pas un ensemble d’individus, c’est une toile, un organisme collectif magnifique pour les chevaux qui adorent, mais étouffant pour les légumes. On arrive à se débarrasser du chiendent par hersage. Mais il faut aussi enlever les racines, plusieurs tonnes de racines pour une surface comme le grand jardin. Ensuite, si on ne veut pas perdre le combat, il faut isoler la parcelle de l’océan de chiendent en hersant en profondeur le pourtour du jardin au moins à tous les deux semaines au début, ensuite à tous les mois.

La deuxième étape consiste à redonner vie à la terre (la désacidifier puis augmenter son taux de matières organiques). On utilise le fumier des animaux pour faire du compost. On ajoute des déchets de table et des feuilles mortes. On doit brasser de temps en temps. Actuellement, nous avons besoin d’environ six tonnes de compost. Le processus dure un an. Les animaux sont presque essentiels, et la gestion du fumier se fait au quotidien tout l’hiver. Le compost est étendu à l’automne.

Il faut aussi nourrir la terre en surface par différents paillis. La terre est vivante lorsqu’on y retrouve beaucoup de vers de terre et qu’elle est spongieuse comme un ventre.

En avril on part les semis de tomates, de poireaux, de poivrons, de melons, etc. Un travail fin et précis qui demande beaucoup de lumière. Un entretien de tous les jours. La lumière du soleil dope les électrons de la chlorophylle qui change d’orbital dans un état de surexcitation proche de l’orgasme, et c’est cela qui fait vivre tout le reste de la chaîne alimentaire… 

Dès que la terre est dégorgée de son eau au printemps, autour du 15 mai, la course commence. On aère le sous-sol des futurs lits avec une sous-soleuse qui plonge sa dent à près d’un mètre dans la terre sans mélanger les couches. Ensuite, on mélange en surface le compost à la terre de façon horizontale pour respecter l’équilibre naturelle des bactéries. Cela se fait grâce à une herse rotative modifiée qui fait les lits en même temps qu’elle mélange la terre. Les allées seront hersées avec un sarcloir anti-chiendent (actuellement au deux semaines en juin, puis au mois). Le travail en tracteur est précis et se fait de telle sorte que d’année en année, les roues passent uniquement dans les allées, jamais dans les lits.

Il faut ensuite racler la surface manuellement, ce qui permet de semer au semoir les petites graines. Dans les lits servant aux courges, on creuse des trous, on met du fumier, et on recouvre de 10 cm. de terre (méthode en buttes).

La terre doit être bien nettoyée, car une fois semée, la course est commencée, et les légumes doivent gagner contre l’étouffement possible des plantes naturelles compétitives (appelées à tort mauvaises herbes).

Ensuite on sème. Un travail minutieux surtout pour les petites semences qui prennent du temps à lever, car il faut être précis afin de pouvoir sarcler dès que la plante montre le bout du nez.

Les tomates, les poireaux, les poivrons, etc. sont transplantés. Les tuteurs à tomate sont installés.

Il faut arroser très régulièrement les semis, chaque fois que la pluie est insuffisante. Dans notre cas, nous utilisons un arrosoir de 1000 litres. Il faut 3000 litres d’eau pour un arrosage.      

Vers le milieu de juin, commence l’opération de nettoyage de la mauvaise herbe. On dit parfois qu’il faut sarcler avant que la mauvaise herbe ne sorte de terre. Il est certain que si on bine souvent, c’est beaucoup plus facile et rapide que s’il faut tout arracher ensuite. Mais pas facile d’y arriver.

Lorsque les légumes sont suffisamment grands, on les entoure d’un paillis de ramille de feuillu. C’est un paillis très nourricier.

Tout le long de la saison, on doit faire des combats contre différents parasites. On utilise un aspirateur rechargeable qui avaler les insectes. Ensuite on peut les donner aux poules. Mais pour le papillon du chou, il faut des filets.

Les récoltes des légumes d’hiver commencent vers le milieu d’août et se terminent à la fin d’octobre. Cueillir, laver, entreposer selon les conditions propres à chaque légume demandent beaucoup de soins. Les lapins, chèvres et chevaux se régalent des parties que les humains ne mangent pas.

Nous avons un caveau, une chambre froide et quatre congélateurs. On est presque autosuffisant, on vend nos surplus.

Les grands jardins demandent environ 30 heures/année de tracteur en comprenant le travail de fabrication du compost.

 

Le foin pour les animaux qui nous donnent leur esprit (que serait une ferme sans l’ambiance des animaux), leur fumier, leurs œufs, éventuellement leur lait, et parfois leur vie.

Nous élevons quelques mangeurs de foin que nous aimons beaucoup. Pourquoi surtout des mangeurs de foin plutôt que de grains? C’est ce que les pâturages et les champs nous donnent le plus facilement.

Cependant, développer et entretenir des champs de foin ne se font pas par magie. Encore là, il faut coopérer avec la nature.

Chaque 5 à 8 ans, pour chaque champ, on chaule, engraisse, laboure, herse, sème à la fois une variété de grains (avoine ou blé) qui poussera l’année qui suit et un mélange d’herbes qui poussera les années d’après. Comme nous avons de nombreux champs, chaque année, un ou deux champs sont entrepris. On peut calculer 15 heures/année de travail-tracteur. Pour l’opérateur, cela veut au moins dire 20 à 25 heures, car il y a toujours quelque chose à entretenir, réparer, changer des pièces, etc. La semence de foin est très cher (180$ la poche), semer doit être fait avec beaucoup d’attention.

 Nous récoltons les foins à partir du milieu juin si la saison est très belle. Il faut absolument 4 jours de beau temps de suite.

On coupe, on laisse sécher deux jours, on retourne, on laisse sécher un jour, on met en andins, et ensuite on presse et on entrepose.

Nous avons besoin d’environ 1200 balles-carrées de 15 à 20 kilo chacune par année. Et il faut calculer autour de 16 heures de tracteur pour réaliser ce travail, mais encore là il y a généralement 4 à 5 heures de plus pour l’entretien et les réparations.

Nous pourrions faire plus de foin et le vendre, mais c’est une opération non rentable.

 

L’été demande donc environ 60 heures de tracteur, ce qui veut dire 360 litres de diésel, ce qui veut dire 6 aller-retour à Montréal avec une Toyota Yaris. Avec cette énergie, nous produisons entre 3000 et 4000 kilo de légumes et autour de 24000 kilo de foin sec pour les animaux. Il est probable que doubler la surface du grand jardin demande à peine deux ou trois heures de tracteur de plus pour deux fois plus de production de légume.

Nous n’avons jamais calculé l’énergie humaine que demande le travail du grand jardin. Mais une fois le jardin libéré du chiendent, et à partir du moment où la terre est équilibrée (donc si on se fie aux deux dernières années des grands jardins), on pourrait estimer à environ 800 heures de travail pour produire entre 3000 à 4000 kilo de légumes.

Bref, lorsque le jardin est bien organisé, avec la méthode que nous utilisons, un être humain peut produire entre 3 à 5 kilo. de légumes à l’heure en utilisant 0,15 litre de diésel.

À mesure que la terre sera vivante, il faudra moins de travail pour de meilleurs résultats.

 

Cela dit, je ne crois pas que le jardinage puisse être pensé comme une production. Je ne crois pas que la production de légumes et le revenu que peut engendrer cette production puissent être une motivation suffisante pour ce travail.

 

Le jardinage est un art, il motive parce qu’il nous transforme. On fait un jardin parce qu’on vit l’expérience qu’entre Ciel et Terre il se passe quelque chose qui fait de nous un fruit. On cultive parce que durant ce temps, Ciel et Terre nous cultivent et obtiennent un être meilleur. On se prête au jardin comme on se prête à un boulanger. On croit à son travail. 

La vie écologique

Nous voudrions vivre, et vivre heureux, sans enlever le pain de la bouche d’autrui. Personne ne devrait payer de sa vie, ma vie. Si manger, c’est affamer, si boire, c’est assoiffer, si guérir, c’est rendre malade, si respirer, c’est polluer, alors, qui peut le supporter? Si mon confort exige le sacrifice de deux hommes, cinq femmes et dix enfants, il me rend gravement inconfortable.