2015

Voici quelques nouvelles de Sageterre, et aussi, en attaché, l’invitation au séminaire de cet été.

La ferme Sageterre est à cheval sur la route 132 entre Bic et Rimouski.

 

Sageterre est un collectif de projets où on retrouve:

Cinq logements et des familles associées dont certaines vivent dans des maisons ou d’autres logements dans les environs;

Un grand jardin de 3000 mètres carrés qui voudrait grandir jusqu’à 5000 mètres carrés.

Un grand verger avec kiwis arctiques, pommiers, poiriers, pruniers.

Un verger de petits fruits en pleine construction.

Beaucoup de pâturages, de champs de foin et de grains qui sont disponibles pour d’autres projets agricoles plus productifs.

 

Cette année les grands jardins produiront principalement : Asperges, oignons, basilique, carottes, panais, tomates, gourganes, rutabaga, poids, fèves, courges, patates, betteraves, poireaux. (Pour acheter nos légumes, il suffit de téléphoner à Marie-Hélène 736-5859 et de venir chercher les légumes à la ferme).

Sageterre est donc une communauté de travail. Chaque projet est totalement responsable de son organisation. Et chaque projet doit respecter le plus possible l’environnement, pas d’intrants chimiques, pas de pesticide, des projets ouverts à la communauté.

Parlons du travail, de l’énergie à fournir en prenant les exemples du grand jardin et de la production de foin.

Les grands jardins

La première étape du jardinage consiste à se libérer du chiendent, car la terre que nous avons achetée a l’avantage d’avoir été abandonnée à elle-même plusieurs années, donc peu de contamination, mais elle a aussi l’inconvénient d’être un océan de chiendent. Le chiendent n’est pas un ensemble d’individus, c’est une toile, un organisme collectif magnifique pour les chevaux qui adorent, mais étouffant pour les légumes. On arrive à se débarrasser du chiendent par hersage. Mais il faut aussi enlever les racines, plusieurs tonnes de racines pour une surface comme le grand jardin. Ensuite, si on ne veut pas perdre le combat, il faut isoler la parcelle de l’océan de chiendent en hersant en profondeur le pourtour du jardin au moins à tous les deux semaines au début, ensuite à tous les mois.

La deuxième étape consiste à redonner vie à la terre (la désacidifier puis augmenter son taux de matières organiques). On utilise le fumier des animaux pour faire du compost. On ajoute des déchets de table et des feuilles mortes. On doit brasser de temps en temps. Actuellement, nous avons besoin d’environ six tonnes de compost. Le processus dure un an. Les animaux sont presque essentiels, et la gestion du fumier se fait au quotidien tout l’hiver. Le compost est étendu à l’automne.

Il faut aussi nourrir la terre en surface par différents paillis. La terre est vivante lorsqu’on y retrouve beaucoup de vers de terre et qu’elle est spongieuse comme un ventre.

En avril on part les semis de tomates, de poireaux, de poivrons, de melons, etc. Un travail fin et précis qui demande beaucoup de lumière. Un entretien de tous les jours. La lumière du soleil dope les électrons de la chlorophylle qui change d’orbital dans un état de surexcitation proche de l’orgasme, et c’est cela qui fait vivre tout le reste de la chaîne alimentaire… 

Dès que la terre est dégorgée de son eau au printemps, autour du 15 mai, la course commence. On aère le sous-sol des futurs lits avec une sous-soleuse qui plonge sa dent à près d’un mètre dans la terre sans mélanger les couches. Ensuite, on mélange en surface le compost à la terre de façon horizontale pour respecter l’équilibre naturelle des bactéries. Cela se fait grâce à une herse rotative modifiée qui fait les lits en même temps qu’elle mélange la terre. Les allées seront hersées avec un sarcloir anti-chiendent (actuellement au deux semaines en juin, puis au mois). Le travail en tracteur est précis et se fait de telle sorte que d’année en année, les roues passent uniquement dans les allées, jamais dans les lits.

Il faut ensuite racler la surface manuellement, ce qui permet de semer au semoir les petites graines. Dans les lits servant aux courges, on creuse des trous, on met du fumier, et on recouvre de 10 cm. de terre (méthode en buttes).

La terre doit être bien nettoyée, car une fois semée, la course est commencée, et les légumes doivent gagner contre l’étouffement possible des plantes naturelles compétitives (appelées à tort mauvaises herbes).

Ensuite on sème. Un travail minutieux surtout pour les petites semences qui prennent du temps à lever, car il faut être précis afin de pouvoir sarcler dès que la plante montre le bout du nez.

Les tomates, les poireaux, les poivrons, etc. sont transplantés. Les tuteurs à tomate sont installés.

Il faut arroser très régulièrement les semis, chaque fois que la pluie est insuffisante. Dans notre cas, nous utilisons un arrosoir de 1000 litres. Il faut 3000 litres d’eau pour un arrosage.      

Vers le milieu de juin, commence l’opération de nettoyage de la mauvaise herbe. On dit parfois qu’il faut sarcler avant que la mauvaise herbe ne sorte de terre. Il est certain que si on bine souvent, c’est beaucoup plus facile et rapide que s’il faut tout arracher ensuite. Mais pas facile d’y arriver.

Lorsque les légumes sont suffisamment grands, on les entoure d’un paillis de ramille de feuillu. C’est un paillis très nourricier.

Tout le long de la saison, on doit faire des combats contre différents parasites. On utilise un aspirateur rechargeable qui avaler les insectes. Ensuite on peut les donner aux poules. Mais pour le papillon du chou, il faut des filets.

Les récoltes des légumes d’hiver commencent vers le milieu d’août et se terminent à la fin d’octobre. Cueillir, laver, entreposer selon les conditions propres à chaque légume demandent beaucoup de soins. Les lapins, chèvres et chevaux se régalent des parties que les humains ne mangent pas.

Nous avons un caveau, une chambre froide et quatre congélateurs. On est presque autosuffisant, on vend nos surplus.

Les grands jardins demandent environ 30 heures/année de tracteur en comprenant le travail de fabrication du compost.

 

Le foin pour les animaux qui nous donnent leur esprit (que serait une ferme sans l’ambiance des animaux), leur fumier, leurs œufs, éventuellement leur lait, et parfois leur vie.

Nous élevons quelques mangeurs de foin que nous aimons beaucoup. Pourquoi surtout des mangeurs de foin plutôt que de grains? C’est ce que les pâturages et les champs nous donnent le plus facilement.

Cependant, développer et entretenir des champs de foin ne se font pas par magie. Encore là, il faut coopérer avec la nature.

Chaque 5 à 8 ans, pour chaque champ, on chaule, engraisse, laboure, herse, sème à la fois une variété de grains (avoine ou blé) qui poussera l’année qui suit et un mélange d’herbes qui poussera les années d’après. Comme nous avons de nombreux champs, chaque année, un ou deux champs sont entrepris. On peut calculer 15 heures/année de travail-tracteur. Pour l’opérateur, cela veut au moins dire 20 à 25 heures, car il y a toujours quelque chose à entretenir, réparer, changer des pièces, etc. La semence de foin est très cher (180$ la poche), semer doit être fait avec beaucoup d’attention.

 Nous récoltons les foins à partir du milieu juin si la saison est très belle. Il faut absolument 4 jours de beau temps de suite.

On coupe, on laisse sécher deux jours, on retourne, on laisse sécher un jour, on met en andins, et ensuite on presse et on entrepose.

Nous avons besoin d’environ 1200 balles-carrées de 15 à 20 kilo chacune par année. Et il faut calculer autour de 16 heures de tracteur pour réaliser ce travail, mais encore là il y a généralement 4 à 5 heures de plus pour l’entretien et les réparations.

Nous pourrions faire plus de foin et le vendre, mais c’est une opération non rentable.

 

L’été demande donc environ 60 heures de tracteur, ce qui veut dire 360 litres de diésel, ce qui veut dire 6 aller-retour à Montréal avec une Toyota Yaris. Avec cette énergie, nous produisons entre 3000 et 4000 kilo de légumes et autour de 24000 kilo de foin sec pour les animaux. Il est probable que doubler la surface du grand jardin demande à peine deux ou trois heures de tracteur de plus pour deux fois plus de production de légume.

Nous n’avons jamais calculé l’énergie humaine que demande le travail du grand jardin. Mais une fois le jardin libéré du chiendent, et à partir du moment où la terre est équilibrée (donc si on se fie aux deux dernières années des grands jardins), on pourrait estimer à environ 800 heures de travail pour produire entre 3000 à 4000 kilo de légumes.

Bref, lorsque le jardin est bien organisé, avec la méthode que nous utilisons, un être humain peut produire entre 3 à 5 kilo. de légumes à l’heure en utilisant 0,15 litre de diésel.

À mesure que la terre sera vivante, il faudra moins de travail pour de meilleurs résultats.

 

Cela dit, je ne crois pas que le jardinage puisse être pensé comme une production. Je ne crois pas que la production de légumes et le revenu que peut engendrer cette production puissent être une motivation suffisante pour ce travail.

 

Le jardinage est un art, il motive parce qu’il nous transforme. On fait un jardin parce qu’on vit l’expérience qu’entre Ciel et Terre il se passe quelque chose qui fait de nous un fruit. On cultive parce que durant ce temps, Ciel et Terre nous cultivent et obtiennent un être meilleur. On se prête au jardin comme on se prête à un boulanger. On croit à son travail. 

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